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Operations performance

Achats : les milléniaux ont beaucoup à nous apprendre !

 

Digital natives, génération Y, les milléniaux débarquent sur le marché du travail. Hyper-connectés, ils ont grandi avec internet et représenteront la moitié de la population active d’ici 2020. Au sein des entreprises, aux Achats en particulier, il y a tout à gagner à considérer leur recrutement comme une opportunité.

 

N’hésitez pas à les recruter

De grands cabinets de conseil, KPMG et EY en tête, ont annoncé des changements dans leurs processus de recrutement des nouveaux diplômés du supérieur. Les médias qui se sont fait l’écho de cette nouvelle approche l’ont pour beaucoup qualifiée de « pratique » pour « s’occuper » des milléniaux. Une terminologie qui laisse à penser que le changement s’opère parfois à contrecœur.

Plutôt qu’un fardeau voire une nuisance, chefs d’entreprise et managers ont pourtant tout à gagner à considérer le recrutement des milléniaux comme une opportunité. En tant que nouvelle génération, ceux-ci sont porteurs de valeurs, de priorités et d’approches du travail radicalement différentes. Être dès maintenant à leur écoute permettra aux entreprises d’apprendre de ces nouvelles recrues pour s'adapter intelligemment à la moitié de la population active de demain.

Cette attitude volontariste se révèlerait particulièrement pertinente au sein des Achats et de la Supply chain, bientôt confrontés à un écart de compétences fort. Les experts les plus expérimentés y sont en effet proches de la retraite et la fonction, souvent perçue comme lente et administrative, souffre d’un déficit d’image. Les Directeurs achats ont donc tout intérêt à trouver le moyen d'attirer et de retenir les milléniaux. Pour ce faire, halte aux adaptations superficielles ! Les managers devront accompagner le changement inévitable que cette génération imprimera au monde du travail. C’est en cherchant à apprendre de celle-ci, en s’inspirant des manières différentes qu’elle a de vivre et de travailler que les Directeurs achats pourront créer une fonction Achat durable, précieuse et robuste pour l'avenir.

Utilisez la bonne technologie

Qui dit milléniaux, dit nouvelles technologies. Hyper-connectés, les digital natives sont plus qu’à l'aise avec les nouvelles technologies. Innées, omniprésentes, elles font partie intégrante de leur culture et de leur vie quotidienne. Or, côté Achats, les technologies sont à la traîne. Et même si leur usage est en croissance rapide puisqu’il est désormais prouvé qu’elles apportent une valeur ajoutée significative à la fonction (outils d’analyse des dépenses et des structures de coûts qui offrent un aperçu précieux pour améliorer les stratégies d'approvisionnement, ventes aux enchères en ligne, logiciels de data mining des factures, cartographie des risques fournisseurs et approvisionnement en temps réel, etc), le plus souvent, c’est malheureusement une technologie inappropriée qui a été mise en place !

En caricaturant un peu les choses, si votre service Achat utilise un logiciel complexe de messagerie électronique et qu'il faut attendre plusieurs minutes pour ouvrir un fichier Excel qui, de surcroît, se montrera lourd et complexe à utiliser, oubliez l’idée de retenir un millénial ! Si Google + n'a pas décollé, c’est pour une raison simple : il n’apportait aucune valeur ajoutée et n’était pas suffisamment facile à utiliser pour destituer le géant des médias sociaux à la base du millénaire : Facebook. 

Pour un Directeur achats, la leçon est simple à retenir : donnez la priorité à la technologie la plus bénéfique pour votre entreprise, en créant des solutions simples et logiques. La complexité inutile n’a aucune valeur, elle est même contre-productive.

Méfiez-vous du carcan traditionnel

Les grandes entreprises établies le savent déjà, elles qui ressentent la pression de la concurrence des start-ups et des entreprises technologiques innovantes. Les milléniaux se méfient des grosses structures et des rôles traditionnels. Ils veulent vivre quelque chose de différent. Une partie de l'attrait des start-ups pour les jeunes générations tient à leur nature innovatrice et adaptable. Les jeunes cadres ont soif de s’investir dans une organisation qu’ils pourront aider à grandir. La souplesse d'une start-up s’oppose ainsi fortement à l’impression de rigidité des activités traditionnelles dont la fonction achat, axée sur les économies. 

Il ne s’agit pas, pour les Directeurs achats, de se débarrasser complètement de l’organigramme « classique » par catégorie d’achats mais d’éviter la monotonie qu’il y a à se concentrer sur une seule catégorie au quotidien. Pousser les équipes à s’investir, mettre en place des objectifs qui ne sont pas uniquement basés sur les économies comme l’innovation des fournisseurs et donner plus de sens extra-financier aux projets qui leur sont confiés sont autant d’axes de changement susceptibles de créer une fonction Achat nouvelle, plus forte et efficace.

Devenez une fonction qui dit « oui »

Au cours du référendum qui a conduit au Brexit, 73% des 18-24 ans et 62% des 25-34 ans ont voté pour le «Remain». La plupart d’entre eux souhaitaient néanmoins une gouvernance plus intégrée et collaborative. C’est ce qu’ils attendent aussi du monde professionnel. Les milléniaux veulent travailler dans une entreprise qui « fait quelque chose de positif », qui est considérée comme innovante et qui n'a pas peur de prendre des risques. L’antithèse de la façon dont les services achats sont trop souvent perçus !

Les dirigeants et les responsables des achats seraient avisés d’adopter l’approche plus participative des milléniaux. Ils tireraient profit d’un repositionnement de leur département. Imaginer une fonction proactive, où le changement et l'innovation sont encouragés et où les besoins de l'entreprise sont bien compris. Outre qu’il génèrerait une plus grande crédibilité au sein de l’entreprise, ce repositionnement permettrait aux Achats de s'impliquer plus tôt dans les phases de conception, de planification ou de budgétisation et d'être perçus par leurs collègues comme une valeur ajoutée plutôt que de simplement faciliter l'approvisionnement.

Pour finir, n’oublions pas que les milléniaux sont nouveaux sur le marché. Ils ont donc beaucoup à apprendre. Le mentorat et le travail avec des collègues expérimentés sont à encourager. Pour autant, l'apprentissage à sens unique n’est plus de mise. Dans l’environnement business actuel, hyper mouvant et concurrentiel, tout vieux singe devrait essayer d'apprendre de nouvelles grimaces. Sans quoi le jeune singe et ses nouvelles idées pourraient bien supplanter le vieux singe aux habitudes périmées.

 

James Bousher, Senior Consultant chez Ayming Operations performance UK, compte plusieurs années d’expérience dans des secteurs très variés tels que le tourisme, la finance, la santé ou la distribution. Il a mené de nombreux projets de transformation des Achats et de sourcing/outsourcing stratégique.